C’est la lutte…

C’est a Delhi que nous rencontrons pour la premiere fois Ekta Parishad. Cette fameuse association, presente dans 8 etats indiens, aide des populations rurales a gerer leurs ressources. L’asso lutte pour l’acces a la propriete de ces villageois et plus generalement pour l’acquisition ou la conservation de leurs droits. Fort de plus d’un million de sympathisants, les actions de cette asso ont des retentissements politiques importants. En effet, en 2007, une marche  reunissant 25 000 personnes a entraine diverses promesses gouvernementales dont la creation d’un comite pour la reforme agraire. Tout cela tarde a se mettre en place, la lutte continue donc.

Apres plusieurs mails echanges avec cette association, nous sommes accueillis chaleureusement par Aneesh, un des salaries d’Ekta,  autour d’un chai (the au lait). Cet indien loquace  nous apporte de precieuses informations et nous confronte a la realite de ces tribus indiennes. Vivant sur des terres convoitees, de nombreux acteurs locaux cherchent a les delocaliser. Entre les grandes entreprises en quete de terres riches et fertiles et les parcs nationaux voulant s ‘agrandir pour attirer davantage de touristes, les opposants sont nombreux et motives. Souvent en lien avec le gouvernement, ils disposent d’un pouvoir non negligeable. Vous l’aurez  compris tout cela est tout bonnement une histoire d’argent.  Une fois, ces informations ingerees, nous planifions de nous revoir a Bhopal, centre national d’Ekta, au milieu du mois de juillet.

Durant la semaine nous separant du prochain rendez-vous, nous arpentons le Rajasthan,  engloutissons les quatres principales villes en quelques jours : Jaipur, Jodhpur, Jasalmer et Udaipur. Rythme effrene alternant une nuit sur place, une nuit de bus.  La fatigue se fait quelques fois ressentir. Je perds vite patience face aux nombreux rabatteurs . Jp,quant a lui, manie sourire et fermete pour refuser les multiples propositions.  Entre visites et rencontres, nous avons traverse cette region haute en couleurs sans  echapper aux parcours touristiques traditionnels. C’est donc avec plaisir que nous rejoignons Bhopal, la capitale du Madya Pradesh. Dans cette ville traumatisee par une importante fuite de gaz dans les annes 1980, le tourime est inexistant. Apres l’explosion d’une usine de pesticide, les vapeurs toxiques ont contamine une bonne partie de la population : maladies, deformations.

Apres un trajet en bus pour le moins mouvemente sur des routes multipliants les nids de poules et autres anomalies, nous sommes accueillis par l’ensemble de l’equipe, qui a notre grande surprise comporte de nombreux compatriotes. ” Nous assistons a une vraie colonisation francaise d’Ekta Parishad” ironise Jill, la responsable du centre. Au programme : planification de nos prochaines etapes, notre but etant de visiter certains des villages qu’ils aident, rencontrer leurs habitants. Sans reellement savoir ceux que nous allons decouvrir, si la vie de ces villageois  est reellement differente de celle du reste des indiens, guides par Jill et Aneesh, nous planifions notre prochain mois sur le sol indien. Notre premiere destination : Katni au Nord du Madya Pradesh.  Nous passons la nuit dans la guest house de l’association en compagnie de trois francais. Une soiree reposante. Avant de partir, nous avons juste le temps d’interviewer Rajagopal, le leader du mouvement.

Par la fenêtre d’un bus

Il est 6h30 dans le bus nous ramenant de Manali a Delhi. Le soleil derrière un léger voile brumeux a deja fait monter la température a un niveau qui serait insupportable si les vitres n’étaient pas ouvertes au plus grand.

Partis a 17h, il nous reste encore 5h pour rejoindre la capitale. Certains autour de nous espèrent encore dormir quelques heures, malgré les cahots continus du véhicule.

Parfois la secousse est telle que l’on est soulevé du siège. Alors, les yeux de tous sont ouverts, un temps. Puis, les plus endormis reprennent leur position ensommeillée, comme si de rien était.

Une légère brume barre l’horizon. Mais le soleil, téméraire, permet de bien distinguer les paysages a proximité.

Des grands pans de rizières jouent des coudes avec les terrains en friche. D’autres sont carrément défonces, et des trous aléatoires semblent avoir ete creuses par des tirs d’obus. Par moment, des immeubles en construction (depuis quand?) passent, puis des friches industrielles.

Parfois, un complexe sportif flambant neuf surgit de nulle part puis un temple hindou tres colore. Ils laissent la place a un village constitue d’un amoncellement anarchique de tole, de parpaings et de bois, formant des cahutes qu’on dirait en ruine. La vie est dans l’unique rue que l’on aperçoit un instant : les échoppes entassées essaient d’attirer un flux de gens, impressionnant pour une si petite localité, se dirigeant on ne sait ou…

Le bus use du klaxon a outrance pour se frayer une voir parmi les trois de l’autoroute. Ici, on double comme on peut, quitte a se créer une quatrième voie pour passer entre deux véhicules. Les occidentaux a cote de nous doivent prendre le bus pour la première fois, ils ont peur.

Par la fenêtre, nous voyons les petits écoliers en uniformes bleus clair prendre la même route que ces travailleurs en chemises blanches défraîchies.

“L’Inde, terre de contrastes”. Cette phrase est cliché. Pourtant comment exprimer mieux ce perpétuel paradoxe d’un gigantesque centre commercial clinquant entoure de petites maisons de briques qui n’ont même pas de fenêtres, ces humbles cultures paysannes soudain barrées par un boulevard demesure, s’étendant a l’infini avec ses bordures de palmiers, et qui n’accueille que peu de voitures dignes de ce nom. Ou encore ces entreprises désertées jouxtant une station essence toute neuve, ces échoppes aussi minuscules que misérables tout de même bardées de pubs pour Coca Cola, Vodafone ou Airtel (le Orange local), ces bidonvilles en plein champ, a quelques mètres d’un grand hôtel, avec sa belle enceinte fraîchement peinte et son kangourou géant en plastique a l’entrée…

Pendant ce temps, Mathilde apprend du Lonely Planet l’étiquette indienne. Nous avons fixe le programme du jour pour notre retour a Delhi. Hotel, depot de sac et douche, repas, achat de pantalons, rencontre avec Ekta Parishad, nourrir le blog… Nous avons le temps, il faut de toute façon attendre le sac que doit nous renvoyer l’agence de trekking.

Le bus fait un bruit de tole qui frotte par terre depuis près d’une heure. Le conducteur a un instant hesite, mais non il ne s’arrêtera pas. Aux portes de Dehli, il abandonnera pourtant ses passagers sur la route, le rafistolage qui commence peut de toute façon prendre des heures. Un pousse-pousse (le pauvre sous le cagnard) nous tirera jusqu’à l’adresse désirée. Paharganj, ce fameux quartier recherche a notre arrivée et soi-disant mak-fame. Il est maintenant plein de touristes et de vendeurs de pacotille. Inoffensif, a toute heure.

La journée s’annonce chaude a Delhi.

Costaud, le trek!

Le lendemain nous partons pour le trek. Mathilde et moi avons fini par nous plier au sacrifice financier que represente l’aventure. 8000 roupies ou 120 euros par personne pour “un trek  inoubliable” de 4 jours et 3 nuits dans les montagnes, ca vaut le coup, non? Et puis nous ne sommes que nous 4, le temps est magnifique. Ideal!

Bientot une Jeep se gare devant l’entree de l’office de trekking et non partons. Tout est prevu : l’agence nous a pretee petits sacs, vetements chauds, gants et bonnets. Il y a des porteurs pour un gros sac avec toutes nos affaires propres, les tentes, la cuisine. Il y a meme un cuistot. On s’arrete sans se gener, apres avoir parcouru quelques kilometres en pente raide, dans une cour d’ecole, faisant s’interrompre une partie de volley-ball. “Les touristes arivent, faites place!” semble etre le message envoye par le driver et recu 5/5 par les enfants.

Les porteurs nous attendaient. Ils receptionnent notre sac, et nous donnent a chacun une “lunch box” contenant fruits, sandwiches, barre chocolatee et jus de fruits pour la journee. Equipes, nous partons devant – les porteurs partiront plus tard – sous un soleil insistant, en suivant la marche soutenue de notre guide, Raju.

Les premiers kilometres sont rudes, et laissent deja Mathilde derriere. Ce sont des escaliers qui coupent droit dans la montagne, avec un denivele certain, et coupant une route en lacets qui nous sert d’aire de repos provisoire. “Il n’y avait pas de route ici avant, nous dit Raju. C’est ce gros projet hydro-electrique. Ils ont fait des barrages, des routes, et alimentent en electricite les petits villages.”

Sur cette route, on croise des balayeuses, 3 femmes plutot agees aux habits traditionnels, visages locaux marques par l’air de la montagne. Elles arborrent, malgre la temperature, un masque et un casque jaune. “Elles sont payees par ceux du projet, souligne notre guide”. Mais c’est absurde, dans quelques heures, la route sera a nouveau couverte de pierres et de poussiere! “C’est leur travail, l’entreprise veut que les routes soient propres…”

Apres deux heures de marche, nous nous arretons devant une cahute de bois accrochee a la montagne. Elle renferme sous son toit de tole une quantite de nourriture et de boissons etonnante pour l’altitude. Une television diffuse une emission stupide a la realisation de film de colonie de vacances. Une tres vieille dame et trois hommes la contemple passivement. On se repose quelques minutes en grignottant biscuits secs et sodas. Nous auront meme le droit a une degustation d’une gnole locale, de l’acool de riz. Dehors, des petits fromages sechent au soleil sur une plaque de tole.

Nous repartons assez vite. La ballade ne nous plait pas vraiment. Sans efforts veritables nous suivons une route de montagne pour camions, traversant des chantiers et des entrepots de toles, longeant des amas de fer plus ou moins rouilles. Tout cela semble lie au “projet”, l’entreprise hydro-electrique. Nous heritons d’un chien un peu degueu qui nous suivra jusqu’au lendemain.

Apres le dejeuner nous quittons avec  joie cette execrable route pour nous enfoncer dans la montagne. Foret, ruisseau en contre-bas, troupeaux de vaches a la physionomie etonnante, petits ponts, le chien qui nous suit sagement,… Voila des paysages, certes peu inedits, mais qui ont le merite de recompenser les efforts du matin.

Nous nous arreterons peu apres. Il est encore tot, mais le soleil se couche vite et il faut encore attendre les porteurs, monter les tentes, faire a manger… Un autre groupe nous rejoint, entrainant une petite deception car flechissant notre desir d’exclusivite. D’autant plus qu’ils beneficient du luxe supreme en ces montagnes : une tente-chiotte! Renommee par nos soin la “pooh-tent”, elle sera notre blague de la soiree, arrivant meme a derider notre Raju qui preferait nous faire ecouter sa selection de tubes 80′s (Brian Ferry et cie…).

Plus tard dans la soiree, apres avoir diner a base de soupe et de pop-corn sales, Raju se confiera tout d’un bloc. Il est marie, aime sa femme, mais profite de cette couverture sociale pour entretenir une relation avec un homme. Cela est interdit par la loi indienne. Personne au village ne le sait evidemment, mais il aime les deux. Ce sont les hindous qui interdisent ces relations, les musulmans, nous dit-il, sont etonnemment plus clements avec la question.

La nuit nous appelle, mais le sommeil ne sera pas pleinement reposant. Vers 1h, d’etranges grognements nous reveillent. Nous entendons une  sourde respiration, puis quelque chose qui frotte contre la tente. Nous nous rappelons les mots de Raju dans l’apres-midi : “Peut-etre verrons nous des ours bientot”! Hyper flippes nous ne bougeons plus. La chose s’eloigne. Quelques secondes apres, c’est de  la tente de Manu et Clemence que nous viennent les bruits. “Qu’est-ce que c’est?”. On entend des sortes de coups sur leur tente. “Putain j’en sais rien. JP, Mathilde, c’est quoi ce truc?” Tout essai pour le decouvrir est vain, et nous sommes trop effrayes pour faire quoi que ce soit.

Mathilde se reveillera souvent dans la nuit reveillee par d’autres respirations a cote de la tente. Au petit matin on relativise. Un  ours? Ouais, ou peut-etre les chevaux qui dormaient pas loin…

Ce deuxieme jour sera bien plus tranquille physiquement, nous voyant escalader de gros rochers, voir de jolies chutes d’eau pour ensuite traverser de magnifiques champs de fleurs, jusqu’a arriver au pied d’un enorme glacier ou  nous planterons les tentes. La traversee d’un torrent les pieds dans l’eau glacee, tenus par une corde tendue entre deux rocs sera la petite mission de la journee. Le troisieme jour est cense nous mener tout en haut du glacier qui nous fait face, et le quatrieme est prevu pour rentrer tranquillement au village. Il en sera bien autrement…

La pluie nous attend en ce debut de troisieme jour. Elle rend le sol spongieux et trempe nos habits censes tenir chaud. Esperons que cela cesse plus haut, si nous depassons les nuages. Les chaussures mouillees nous partons d’un bon pas : Objectif col! Nous traversons un paysage lunaire : de gros rochers affleurent un sol de sable gris, parcouru par de multiples petites rivieres. Bientot, nous attaquons le glacier sous une fine pluie continue.

Evidemment, sur la glace nos pieds derapent, et l’ascencion et alors plus fatigante. Mathilde abandonne le groupe, elle prendra son temps. De toute facon, la piste sur la glace est reperable aux crottes de chevres qui la parcourt, et qui inspirera a Manu ce mot : “la merde, c’est la vie”. Toujours est-il que le groupe s’arrete a peu pres toutes les 5 minutes pour attendre notre chere Mathilde qui peine.

L’ascencion se fait de plus en plus difficile entre pierres abruptes et glace epuisante. Et le temps n’arrange rien, la pluie redouble et le vent glace nos vetements trempes. Encore plus delicat donc de s’arreter pour attendre quelqu’un. Le groupe part devant, je resterai avec Mathilde. Nous sommes dans les nuages et n’avons donc que peu de visibilite. Tres vite nous perdons de vue la troupe, et il me faut motiver parfois vivement ma tres chere pour que nous ne prenions pas trop de retard.

Une caravane d’anes nous depassent. Comme le retard sur Manu, Clemence et le guide s’est considerablement accru, il nous faut absolument reussir a les suivre pour ne pas perdre de vue la piste, la visibilite est maintenant tres reduite. Malheureusement, le dernier ane a bientot disparu. Un gros sentiment de solitude s’empare de nous. Au beau nilieu de la glace, sans avoir manger, sans savoir si nous suivons toujours la bonne piste, glaces et trempes jusqu’aux os, la situation est clairement pas rassurante.

Heureusement pour nous, deux groupes de trekkeurs (bien mieux equipes que nous – ils ont des ponchos les protegeant de la pluie -) apparraissent. Esperons qu’ils vont dans la meme direction, et suivons les. NOus passerons le col avec eux, frigorifies. Par chance, les marcheurws sont plutot lents, ce qui rejouis Mathilde. Quleques centaines de metres de descente et nous retrouvons notre groupe sous un rocher, clauant des dents et essayant de retirer avec leurs doigts glaces le papier aluminium de l’oeuf ou de la patate cuite qui feront notre dejeuner. Nous les imitons, toujours crispes mais soulages.

Nous ne mangerons pas tout ce qui etait prevu tant se debrouiller avec des doigts si peu habiles est eprouvant. Il nous faut desormais descendre l’autre versant de la montagne. La securite n’est pas  ici non plus consideree comme essentielle. La pente est vraiment abrupte, et la terre pleine d’eau ne peut que faire gliser le pied qui s’y aventure. Seuls les rochers  sont de solides allies. Des tout petits chemins de biquettes sillonnent la descente, les plus courageux coupant a travers, recompenses par des petites gissades d’un metre ou deux mais bien effrayants. Un glacier longe la pente, je le prefere rapidement a la boue pour pouvoir utiliser mes baskets trempees comme de petits skis.

En bas, le poele pour la cuisine est allume sous la tente. On s’y refugie bien vite, produisant autant que possible une chaude vapeur a son approche. Un chaud chai est servi, et les porteurs de chanter de jolis airs de leur cru. On echange cigarettes, bidies et joints de “charasse”. Apres les efforts de la montagne, cette scene est des plus envoutantes.

Mais il nous faut vite dechanter, notre campement n’est pas celui-ci, mais  nous attend a quelque “10 minutes d’ici” selon Raju. 30 minutes apres, nous entrons dans la tente-cuisine pour repeter le sechage de vetements et rechauffage de doigts sur le the. Le sac qui contenait nos affaires seches est completement trempe, donc nos affaires egalement. Plus rien a nous mettre, nous nous refugions nus dans nos sacs de couchage en priant pour que nosa habits ne soient pas top glaces le lendemain.

Priere inefficace, c’est de la neige qui nous attend au reveil, lorsqu’il faut uriner pieds nus hors de la tente. Le petit-dej sera frugale ce matin, nous nous rejouissons a l’avance de la marche qui nous attend dans ces habits trempes. Heureusement, nos chaussures sont plus ou moins seches, comme certaines parties de nos chaussettes.

Nous laisserons les porteurs replier les tentes, nous partons en vitesse, tous plus presses d’arriver au sec. D’ailleurs, nos pieds ne sont deja bientot plus a l’abri et l’eau commence a se faire sentir entre les orteils. Heureusement, notre bon pas – et Mathilde qui s’efforce de suivre! – nous rechauffent vite. Nous contournons de gros rochers tombes de la montagnes, evitant autant que possible les petites rivieres. La descente se fait rapidement de plus en plus raide, plus rapide, les jambes s’epuisent.

Nous suivons le groupe que l’on croise depuis le debut du trek, celui a la “pooh-tent”. Mes pieds presses bouscule un petit rocher. Je regarde en bas, il se dirige droit sur les chevilles du grand Anglais en cycliste bleu. “Watcha!”, je lui crie. Son groupe se retourne, lui crie quelque chose, il tourne la tete et a juste le temps de lever la jambe pour que la pierre roule en dessous. Je me sens bien mal, et ne trouve rien d’autre a dire que : “Next time, I’ll get you!”. Ce qui le fait bruyamment rigoler.

Nous arrivons en bas de la vallee pour traverser la riviere. Celle-ci fait un bruit de dingue, gorgee par la pluie et la neige de ces derniers jours. Elle a d’ailleurs presque recouvert le pont qui la traverse, et une bonne partie a disparu sous les flots. Le guide du groupe de l’Anglais testye le pont restant en appuyant ses pas puis traverse la partie manquante en deux bonds. Il cherche des grosses pieres et les jette dans l’eau. Tant pis pour les pieds secs, nous n’avons pas d’autre choix que de traverser avec l’eau jusqu’au genoux, le courant rendant la tache un peu compliquee.

Le village auquel nous attend le bus de retour est visible, plus que quelques centaines de metres. On s’amuse, rassures. Nous arrivons aux baraques, trempes mais le coeur leger. Mais une sentence severe nous attend. “La route est coupee a 1 km”. A peine arrives qu’il va nous falloir repartir jusqu’aux rochers, un bus devrait nous attendre de l’autre cote. Pour l’instant, nous courons nous rechauffer aupres du feu, grignoter des biscuits ironiquement appeles “Good Day”, et fumer des clopes. Raju part appeler le bus.

Il revient avec une drole de nouvelle : ce n’est pas a 1km mais a 14 km que la route est coupee. Encore trois heures de marche minimum. Nous ne sommes plus a nous plaindre et acceptons cette absence d’alternative avec tout l’humour possible. Inutile de dire que le pas est rapide sur la route parcourue de petits rochers. Bientot, un roulement arrete la colonie constituee de nos deux groupes. On crie. Un rocher vient de tomber a quelques metres du premier marcheur. Nous prenons conscience de la precarite de la montagne qui nous surplombe, et repartons. Plus loin, la meme scene. C’est vraiment chaud…

Apres de longues minutes, la troupe coupe droit dans la montagne, coupant la route qui serpente en lacets. Plus haut, continuant sur la route, il nous faut nous rendre a l’evidence, aucun bus ne pouvait venir jusqu’ici : un pan de la montagne s’est ecroule sous le poids de l’eau, qui a fait disparaitre la route dans la vallee en contre-bas. La traversee du torrent est vraiment effrayante, l’eau se deverse avec un fort courant. Vu la facilite qu’a notre guide pour le traverser nous n’avons pas d’autre choix que de le suivre.

Le courant est tres fort, et fait plier les genoux. La main tendue du guide est d’un precieux secours. Un petit effort et je suis passe. Viens le tour de Mathilde. Pas rassuree, elle hesite puis se lance, l’eau aux genoux elle semble perdre l’equilibre, laissant echapper son bonnet qui disparait tres vite dans le flot violent. En contre-bas, le torrent plonge sous une epaisse plaque de glace, il est hors de questiuon de tomber. La main salvatrice de Raju est une nouvelle fois d’un grand secours. Tout le monde se retrouve sain et sauf de l’autre cote, et continue la marche comme si de rien n’etait.

Nous traverserons plusieurs rivieres et torrents coupant la route, tous moins violents que celui-ci. Lorsque le bus est en vue, le soulagement est palpable. Le groupe de l’Anglais y montre, mais l’acces nous est refuse. L’explication est desarmante. Nous n’avons pas paye pour celui-la mais pour un autre. Nous n’avons plus la force de la colere et continuons cette marche infinie.

Apres avoir traverse un plaque de glacier, coupee par la route, de pres de 4 metres de haut, un klaxon retentit derriere nous. Machinalement nous nous ecartons pour laisser passer le vehicule. Mais il s’arrete derriere nous. C’est le bus du premier groupe qui nous a rejoint et qui nous propose finalement de les joindre.  Nous montons soulages. Cette fois-ci c’est bon, nous sommes sur la rou te du retour!

Le chemin du retour nous fera profiter de superbes paysages durant l’ascencion et la descente d’un autre col. Au sommet, rien de la purete imaginee. Le tourisme a fait fleurir de petits baraquements, et un champ de tents jaunes et bleues. Comme il se doit dans toute zone habitee en Inde, les dechets sont jetes au sol, donnant l’impression de traverser une decharge, a 4000 m d’altitude.

Mais le retour n’est pas aussi agreable que prevu. Le bus laisse notre groupe dans le bas de Manali, il nous faut appeler un taxi pour rejoindre l’agence. La, on nous anonce que notre sac est encore avec les porteurs, bloque dans la montagne. Nous ne pourrons pas le retrouver avant notre depart pour Delhi. Ce qui tombe bien, puisqu’il contient les affaires de Manu et Clemence, que nous quitterons a notre arrivee a la capitale… Les coups de fil au gerant de l’office n’y feront rien, il nous l’enverra a Delhi, peut-etre demain…

Manali, le paradis neo-hippie

Manali, situee a 2000 m d’altitude, abrite moins de 7000 ames. C’est dire que la comparaison avec nos petites cites balneaires vendeennes, ou les petites stations de ski, saute aux yeux. Les habitants se voient depossedes de leur ville pendant la “saison”, et le tourisme modele completement les infrastructures et le decor, ainsi que la vie des locaux. Comme nous confiera ce petit commercant a Vashisht, une bourgade proche, en une quinzaine d’annees leur vie a radicalement changee. Avec l’augmentation des prix due au tourisme, les locaux n’ont d’autres choix que d’abandonner leur activite traditionelle (bergers, maraichage, culture de vergers,…) pour tenir une echoppe ou servir dans un restaurant. Cet homme loue desormais les quelques metres carres de sa boutique au patron de ce gros hotel, un local qui a eu le flair d’investir sur des terrains alentours. “Oui, la vie est beaucoup plus dure, dit-il, sans compter le trafic de vehicules et la polution”. Les nombreux hotels, restaurants ou magasins qui nous tendent les bras a note arrivee ont un seul point commun : ils surfent majoritairement sur la vague hippie.

Cours de yoga, meditations, massages, tatouages, il me semble meme avoir vu un coiffeur proposant de faire des dreadlocks… La plupart des noms de boutiques ou bars attirent l’occidental cherchant “un nouveau modele de vie” : le Peace Cafe, le Lazy Dog, le People (ou le client n’en est plus un, et participe a la vie du lieu – “tu vois, quoi” – en dessinant, inspire par la musique lounge, sur des feuilles blanches qui sont ensuite acrochees aux murs), le Lotus machin et le Spirit truc…

En fait, tout cela est plutot reserve au Old Manali, un tout petit peu plus haut dans la montagne. Le “new” etant le lieu de vie de la plupart des “Manaliens” de souche avec son hopital, ses banques et commerces plus classiques. Le quartier le plus ancien, originellement plus joli, est evidemment defigure par le tourisme. Il ne laisse que difficilement apparaitre sous les ecriteaux des differentes guest houses l’apparence premiere des maisons de pierres.

C’est parmi celle-ci que l’on trouve notre hotel, tenu par des nepalais qui nous avouent tres franchement qu’ils sont venus ici “parce qu’il y a plus d’argent”. La soiree se passe en partie a discuter du destin tragique de notre societe consumeriste, autour d’un chai et de plusieurs joints de charasse local, avec un ancien etudiant en philosophie et une fille caricaturale qui s’est “tellement sentie en phase avec la nature lorsqu’[elle] lavait ses vetements a la riviere, dans les vallees de Nouvelle-Zelande”. Bilan de la discussion argumentee et debattue fermement par les sceptiques (nous) et les hippies : l’homme se trompe de desir, il serait plus heureux en vivant plus simplement. Classique.

A suivre, trek extreme :

http://wp.me/pYi53-1A

En route vers Manali

Les evenements de ces dernieres semaines ne nous ont pas permis d’etre assidus pour ce qu’il est des publications sur le blog, profitons de cette journee de repit a Varanasi (Benares) pour nous rattrapper quelque peu.

L’Himalaya figure en bonne place dans l’imaginaire collectif comme un lieu privilegie, preserve de toute trace humaine et offrant des paysages magnifiques. Nous ne sommes restes qu’a peine une semaine dans les montagnes, et dans une zone bien precise. Cela nous a tout de meme permis de relativiser l’aura fantasmee qui entoure les plus hautes montagnes du monde.

Nous arrivames a Manali en ce debut de mois de juillet. Le mois de juin, le plus chaud de l’annee en Inde est un des pics du tourisme dans le Ladakh, cette partie tout au nord de l’Inde, reputee pour sa temperature peu elevee (maximum 30 degre dans les vallees) et ses sources d’eau thermale chaude. Juillet marque quant a lui le debut de la saison des pluies. La mousson met plus ou moins de temps a venir du golfe arabique jusqu’au montagnes himalayennes. Nous pensions donc pouvoir echapper a la premiere vague de pluie si haut perches, bien au Nord. Il nous faudra dechanter bien vite, et pas dans la meilleure des positions.

Manali est tres celebre en Inde. Dans les villes que nous traverserons par la suite, les vendeurs de “charasse” (le nom argotique du hashish ici!) clament a qui veut l’entendre que leur “hash” vient de cette ville. C’est qu’une des proprietes de Manali est d’etre naturellement entouree de plants de marijuana. Je veux dire que partout, dans le moindre fosse, pentes escarpees, jardins privatifs, … on peut trouver La plante comme de la mauvaise herbe. Un vrai fantasme d’ado! Et voila bien le probleme de la ville. Avec une telle renommee, et a quelques heures de MacLeod Ganj (banlieue de Dharamsala), lieu de residence du gouvernement tibetain en exil et donc du Dalai Lama, Manali ne pouvait qu’accueillir tout le tourisme hippie – ou plutot neo-hippie – d’Inde, mode XXI e siecle.

A la gare routiere de Delhi, rien d’etonnant donc que 4 touristes blancs comme nous – Manu, Clemence, Mathilde et moi -  se fassent alpaguer par une bonne dizaine de personnes nous proposant des bus prives en direction de cette sainte terre. Nous partimes, malgre tous leurs efforts, a partir avec une compagnie recommandee par notre sacro-saint guide, c’est-a-dire une compagnie publique. Etait-ce une bonne idee? Avec du recul, et l’experience des regles de circulation a l’indienne, le voyage n’a rien d’etonnant. Toujours est-il que nous ne reprimes pas de bus public depuis.

Il faut dire que la gare n’avait rien de rassurant. Ca, une gare routiere? Il faut imaginer a quoi peut ressembler un colossale batiment de 4 ou 5 etages, sur une superficie carree de peut-etre 300 metres de cote, entre la construction inachevee et l’abandon total. Ce monstre de beton n’abrite a priori rien dans ses etages dont les ouvertures beantes ne possedent pas de fenetres. Il abrite au rez-de-chaussee un de ces fameux portiques anti-quelque-chose en bois inutiles puis, apres quelques marches, un guichet d’accueil qui n’a aucun scrupule a nous conseiller de suivre des rabatteurs d’obscures compagnies privees. Enfin, de chaque cote d’une large plateforme, se trouvent des dizaines de guichets, arborant tous des enseignes defraichies en Hindi et un gros numero. Bien sur les numeros ne se suivent pas.

Nous obtiendrons notre ticket pour Manali dans l’un de ceux-la, non sans s’etre fait repeter vingt fois l’heure et le lieu de depart du bus. Le lendemain, a heure dite nous nous presentons a un autre guichet ou il nous faut confirmer nos reservations. C’est-a-dire qu’il faut reussir a se faire une place parmi les bras qui se jettent dans l’unique ouverture du grillage enfermant les agents de la gare. Puis attendre de compliquees manipulations de notre ticket entre plusieurs paires de mains, l’ecriture de signes inconnus sur un enorme livre, pour enfin retrouver son billet avec le numero du bus et ceux de nos sieges.

Ces etapes passees, il faut attendre. Le temps d’acheter des bouteilles d’eau aux multiples boutiques de la gare, de gouter un bidi (feuille d’une plante – eucaliptus? – roulee a la main puis sechee pour pouvoir la fumer), de s’offrir d’utiles eventails en plastique (5Rs) repliables comme une tente quechua, et voila notre bus.

Je crois qu’on peut le placer entre un bus scolaire a l’americaine et un car traditionnel. Il n’a donc pas de reels sieges mais des banquettes, et on peut mettre ses bagages sur les grilles qui les surplombent. N’oublions pas le pare-brise, marque par de gros impacts qui l’ont amplement fele, et notre conducteur, un homme d’une cinquantaine d’annee, un peu maigre dans ses habits de peu, qui avait une facon de conduire que l’on peut qualifier… d’agricole.

Au depart, sa conduite nous a juste semblee sportive. Il klaxonnait tout le temps (ce qui est normal, rappelons-le) pour se faire une place dans le traffic, puis, ayant quitte la ville pour une sorte d’auto-route, il doublait tous les vehicules sur sa route sans exception profitant d’une vitesse excessive. Il s’offrait parfois le luxe de faire la course avec d’autre bus, plus gros et en  meilleur etat. Malheureusement pour nous, notre bus gagnait, parfois.

A l’interieur, nous avions herite des places de devant. Cela nous permettait, chanceux, de ne rien perdre de sa conduite furieuse. Tiens, nous avons passe ce feu au rouge, a toute vitesse. Ici, nous passons sans nous arretter au milieu du carrefour, il suffit que les autres pilent. La, le freinage pour eviter de rentrer dans un camion apres avoir prevu de le doubler a du reveiller tous ceux qui dormait. Cette fois nous doublons, mais la voiture en face est bien trop pres. Elle pile un bon coup et nous passons a toute vitesse, faisant une queue de poisson au camion qui doit piler a son tour. Inutile de dire que nous ne sommes pas rassures, et que le sommeil ne vient pas facilement.

Surtout que bientot, quand la nuit est tombee depuis longtemps (le soleil se couche aux alentours de 19h en Inde), nous attaquons les routes de montagnes. Nous tremblons. Cela aurait pu inspirer au chauffeur une conduite plus prudente. Il n’en est rien. Celui-ci attaque les virages sans visibilite a vitesse folle, freinant comme un fou  juste avant de tourner et pilant carrement si, finalement, un autre vehicule arrive en face. Il faut gouter ces doublements dans des virages en pleine descente, sur une route qui permet a seuls deux vehicules de passer, avec une vitesse dingue et une falaise a pic, lorsque deux phares de camions surgissent a une centaine de metres, qu’il faut que l’on accelere et que les autres freinent pour que ca passe.

Bientot, il nous faut nous mettre dans l’esprit que ce pilote ne veut pas, lui, mourir, et qu’il s’evitera cette sentence du mieux qu’il peut (a moins qu’il ne croit en la reincarnation, mais mieux vaut ne pas trop reflechir a cette hypotese). Nous remettons donc notre sort entre ses mains, ou celles d’un dieu quelconque – il y a dans le bus des Sihks, des Hidous, des Musulmans, et peut-etre de tout recents Catholiques a la recherche d’une aide surnaturelle -, et essayons de dormir malgre les secousses qui font trembler de maniere irreguliere la carlingue dans sa course folle.

Au matin, meme les Indiens ont des mines defraichies et un petit sondage montre qu’ils ont autant apprecies ce voyage que nous. Autre temoignage du contentement general, la trace de vomi qu’a laisse notre voisin de derriere, un Indien pourtant, par la fenetre du bus, sur la tole exterieure. Nous arriverons a Manali aux alentours de midi. Les derniers kilometres, un peu moins remuants (notre chauffeur a conduit plus de 16h, il etait donc plus calme…), nous laissant apprecier la flore locale et son parfum caracteristique : c’est vrai, il y a de la beuh partout. De la a trouver des plants en fleur c’est autre chose, mais ce decor a deja des vertus appaisantes et euphorisantes!

A suivre : trek en pleine mointagne, mousson, neige, grele, routes coupees, traversee de torrents en basket, …

La suite :

http://wp.me/pYi53-21

Arrivee a Delhi (3)

Nous voila devant la gare de Nizamuddin, ou la foule devrait nous rassurer quelques peu apres les evenements de la nuit. En sortant de la voiture, j’ai l’impression que quelque chose me coule long de la jambe. Je n’ai pourtant rien fait tomber. C’est la chaleur assommante qui surprend, apres l’air conditionne de nos charmants conducteurs. Nous nous retrouvons dans un trafic dense de vehicules klaxonnant (le klaxon est le moyen de comunication le plus utilise dans le pays, bien devant l’Hindi ou l’Anglais), et de differents types. De la berline “de luxe” au velo en passant par le reekshaw, le taxi et la multitude de motos et scooters. Entre ceux qui n’avancent plus, ceux qui le veulent et ceux qui forcent le passage, les gens, pousse-pousses, vaches et autres charrettes se frayent un passage vers des destinations inconnues. Apres une nuit blanche, et cette chaleur a a peine 7h, la seule solution est de fuit, encore.

Nous montons les marches conduisant aux guichets de la gare tout en refusant poliment les differentes requetes des reekshaws et consorts. A l’interieur, les regards ne sont fixes que sur une chose. Nous. Des gens sont allonges par terre, d’autres ont les fesses vissees sur leurs sieges, d’autres encore font la queue aux innombrables guichets. La salete regne, mais pas plus qu’ailleurs. Des hommes en armes font des similis de controles a cote de portiques en bois qui, malgre le fait qu’ils sonnent a chaque passage, n’alertent l’attention de personne.

Mais ce sont les differentes classes de gens qui denotent dans le tumulte uniforme de la gare. Comme ce le sera partout ailleurs ensuite. Les fameuses castes ne se decouvrent pas, mais la condition sociale de chacun se depeint sur l’habillement et sur la tenue generale de l’individu bien mieux que sur une declaration fiscale. Sur les quais, face aux trains, des indiennes aux colores saaris (ces longues robes de tissus ou voiles) accompagnent des hommes en jeans-chemise et mocassins au look un peu… “texan”. Derriere, dans la veranda moite du cafe, de jeunes hommes portent une tenue tres classique par chez nous. Les employes du magasin, sale et en mauvais etat, sont en uniforme. Les autres hommes presents, ceux qui reparent, ceux qui semblent figes dans une seule position depuis plusieurs heures, ceux qui crachent a cadences regulieres, arborrent des chemises tachees, ouvertes sur leur vente ou torse et des pantalons mal coupes, taches aux couleurs passees. Bien plus loin, apres l’escalier, en longeant la voie, une autre population se distingue.

Assis par terre, dans une odeur atroce, entoures par des murs macules de traces marrons et les ordures, ce sont des familles qui squattent. Des jeubnes enfants aux plus vieux, ils ne sont pas nombreux, peut-etre une dizaine, mais ils sont tous reconnaissables a la mauvaise sante flagrante, le peu d’habits qu’ils portent, et une demarche handicapee. C’est pourtant ici que nous trouvons du repos, a l’abri de la foultitude des regard (il n’est ici qu’une poignee d’yeux a nous observer), et nous pourrons a loisir detailler la grande misere de ces personnes. Sont-ce des intouchables? Peut-etre. Pauvres ils sont en tout cas, et ils ne doivent esperer aucune mansuetude de leurs compatriotes qui leur aboient dessus lorsqu’ils viennent nous demander de l’argent.

Nous laisserons tout cela un peu plus tard, apres avoir ete pris en photo plusieurs fois et avec toute sorte d’appareils, pour un rejoindre un dortoir un peu miteux pres des ambassades. Manu et Clemence, nos deux amis de Nantes, nous rejoindrons dans l’apres-midi. Visites de lieux touristiques, de ruelles bardees de produits en tout genres, attaque d’un macaque qui n’a que trop bien vu que nous transportions de succulentes mangues, reservations d’un bus pour l’Himalaya, negociation de prix de taxi et de reekshaw…Delhi est folle, hyper-peuplee, suante et puante, sale et bruyante. Pourtant il ne se degage de toute cette agitation que l’homme. L’homme dans son exces mais l’homme toujours. Et c’est peut-etre cela le plus choquant, apres nos cites asceptisees ou la bete homme a disparu, que de se retrouver face a notre nature exrimant et repondant a ses desirs et ses besoins de la facon la plus immediate et spontanee.

Nous partirons le lendemain pour Manali, ville annoncee comme calme, temperee au tourisme hippie et entouree de plants naturels de marijuana. Nous ne serons pas decus.

Arrivee a Delhi (2)

L’hotel est situe sur Main Bazaar Road. “On est sur Main Bazaar la?”, je lui demande. “Il n’y a plus de Main Bazaar, oublie ton guide, donne-moi le numero de block!” Il semble s’impatienter. Mathilde et moi aussi. “On n’a pas de numero de block, conduis nous a Main Bazaar, c’est tout!”. Il opine du chef et repart. Appeler l’hotel? Le telephone ne semble pas fonctionner pour l’instant. Pas de reseau.

“Tu nous conduis la, ou on descend de ton taxi”. “Vous voulez vraiment descendre? C’est tres dangereux ici, tres dangereux”. En effet, je ne sais pas si ce sont les routes, les silhouettes presque nues que l’on croise, ou ce cri que l’on entend en passant sous une route en construction, mais nous ne sommes pas rassures. La fatigue, le manque de reperes, la volonte de ne pas rendre la situation encore plus problematique nous decident a continuer avec ce chauffeur d’infortune. Il reprend son air favori : “Faites-moi confiance, je connais de tres bons hotels. C’est quoi votre prix?” Aux alentours de 500 roupies, grand maximum. “Vous etes fous! C’est la nuit, a Delhi, tu ne peux rien trouver a ce prix-la!” Mais notre chambre est reservee! “Oui, mais ou est votre hotel?”

Il s’arrete a nouveau. “Allons a un office de tourisme, je ne trouve pas votre rue. Tu pourras leur demander toi-meme.”  On avait eu echo de ces faux offices de tourismes, avec des certifications falsifiees en pagaille. Au final nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter, apres tout, la-bas, la personne sait peut-etre ou nous sommes, et ou nous devons aller. Arrives devant le fameux “Office Tourism”, le telephone se decide enfin a trouver un reseau. Je sors du taxi avec le conducteur et appelle l’hotel pour connaitre ce fameux block. Pendant ce temps, le conducteur file dans l’office et echange quelques mots avec le gerant. Au telephone, l’incomprehension est totale. Je suis stresse, et la personne a l’autre bout du fil parle un Anglais avec un fort accent. Je ne comprends rien. Le telephone coupe. Le type du taxi ressort, me montrant le gerant : “explique-lui ou tu veux aller.” L’autre m’invite dans un bureau au fond de la boutique. Mathilde me retient, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver a l’un et a l’autre une fois separes. Je reste dans l’entree. La parano monte. Qui croire? Que craindre? Tout peut etre suspicieux.

Le soi-disant employe de l’office (a maintenant 3h du mat’!) me confirme ce que le chauffeur du taxi nous avait dit. Pas d’hotel a ce prix la en pleine nuit. Et comme je ne connais pas l’adresse de l’hotel, il vaut mieux aller a ceux que connait le taximan. Completement desempares, nous prenons la decision de lui faire confiance. Meme si cet hotel sera plus cher que celui reserve, nous avons vraiment besoin de dormir. Les finances tiendrons le choc de cette premiere nuit.

Apres un petit tour dans les rues desertees de la capitale, nous arrivons devant le fameux hotel. Le chauffeur descend, je le suis, Mathilde toujours dans le taxi avec les sacs. Il frappe avec sa clef de contact contre la vitre. La personne endormie sur un canape dans l’entree se leve peniblement. “Hello sir, vous avez encore des chambres pour la nuit?” Il me fais signe d’entrer, apparemment il en reste. Et pour combien? 2500 roupies.

Quoi?! Je tombe des nues. Ok pour accepter de payer plus, mais la le budget du voyage en prend un serieux coup. Et puis, l’hotel n’a pas l’air d’etre un 5 etoiles, bien au contraire! Nous sommes en Inde, une chambre raisonnables coute maximum 1000 roupies, nous sommes a Delhi, il doit bien y avoir un hotel moins cher. Je reviens vers Mathilde pour lui faire part de l’affaire. C’est mort, nous n’irons pas ici. Le chauffeur du taxi : “je vous avez prevenu, en pleine nuit ici, c’est le prix a payer!” Nous sommes surs de pouvoir trouver autre chose. “Nous sommes peut-etre des touristes, mais nous ne sommes pas stupides, je lui lance”. “Ok, je connais d’autres hotels, essayons mais vous verrez…”

Et voila comment nous passerent notre premiere nuit a Delhi, dans un taxi, allant d’hotel en hotel, reveillant les proprietaires d’hotels vraiment miteux, allant dans des rues plus incertaines les unes que les autres. Nous avons bien du en voir plus d’une dizaine. Le taximan s’enervant de plus en plus, et nous, nous bornant a refuser la totalite de ces louches propositions. D’autant que notre taximan n’etait pas tres clair. Par exemple dans ce quartier “residentiel” (le bordel dans la rue indiquait plus un chantier qu’un lotissement). En sortant d’un hotel ou nous avions de nouveau refuser une offre des plus indecentes (on est monte graduellement a pres de 4500 roupies), la rue que nous avions pris pour venir etait desormais coupee par une ganivelle de la police de Delhi, bloquant le passage. Le chauffeur de paniquer : “Oh merde, oh merde”. Il descendit de son tacot, se precipita sur la barriere pour la repousser, remonta et partit en trombe. “Je vous avez dit que c’etait dangereux ici!!” A l’heure actuelle, on ne sait toujours pas ce qu’il craignait le plus, voyous ou police locale…

Peu apres, nous croisons dans la rue une voiture de police de Delhi. Je les arranguent a le fenetre. “Please, help, il ne veut pas nous conduire ou l’on veut!!” Ils s’arretent. Le taxi continue un peu puis s’arrete a son tour. Le chauffeur descend, rageur, et ecrase avec sa chaussure quelque chose au sol. Je repete ma plainte aux policiers, mais le chauffeur se retourne t me coupe la parole. Il baragouine de longues phrases en Hindi, remonte dans sa caisse et repart en maugreant. “Vous etes fous, vraiment!!” Dans la voiture on tremble. Mais la voiture de police nous suit. On s’arrete quelques metres apres, devant un autre hotel. Il a du leur dire que l’on cherchait un hotel, car les flics repartent aussitot. Ne reste plus qu’a aller a l’hotel… Nous refuserons bien sur leur prix. En repartant le taximan cherchera en vain le megot de joint qu’il avait ecrase avant de parler aux policiers.

Il est maintenant pres de 5h du matin, nous sommes resolus a toujours refuser une offre depassant les 1000 roupies. “J’en ai marre la, nous dit le chauffeur du tacot, c’est le dernier hotel, et si vous ne voulez pas, vous pouvez bien rester sur la route”. Ca nous convient parfaitement. A la reception, le gerant nous annonce 2500 roupies pour une chambre double dans cet hotel ou 5 personnes semblent vivre dans l’entree. Retour au prix du debut apres avoir fait monter les encheres, belle tactique. Nous sommes pres a craquer. On remercie notre conducteur, de toute facon nous ne voulons plus le voir. 250 roupies pour le transport? Avec les detours qu’il a fait, il nous en demande le double. Du moment qu’il se barre…

Une cigarette sur le perron de l’hotel, on attend, pas si mal, assis ici apres toute cette agitation. Les personnes de l’hotel se regroupent autour de nous, est-ce menacant? Le soleil se leve de toute facon, les premieres voitures de travailleurs dans le quartier partent au travail. Nous partirons a pied, puisqu’il n’y a plus de danger!

Tiens, notre taxi revient, il semble surpris de nous retrouver. “Encore la? Ne vous inquietez pas, je mets juste mon taxi a laver un peu plus loin…” Il n’y a rien pour laver un vehicule par ici, et et il est bien trop tot. Quelques minutes plus tard, une des personnes de l’hotel montera dans son taxi et s’en ira comme s’il etait le sien. Nous comprenons enfin le plan de la nuit : a chaque arrivee dans un hotel, le chauffeur disait quelques mots en Hindi au personnel, celui-ci faisait un prix toujours plus eleve, jusqu’a ce qu’il nous emmene dans le “dernier”, forcement le moins cher. Combien pouvait-il percevoir de commissions si nous acceptions celui-la ou les autres, nous ne le saurons jamais.

Devant l’hotel, des reekshaw (sorte de taxi-moto a trois roues avec une cabine) nous sollicitent deja pour nous emmener. Ils semblent connaitre les personnes de la reception. A bout de nerfs nous fuyons dans ce jeune premier matin indien. Plus effrayes et parano que jamais. Nous finirons par rencontrer des jeunes gens rentrant de leur taf nocturne, bien habilles, qui nous conduiront a la gare, lieu de foule et donc rassurant. Meme si, pour monter dans leur voiture, il a fallu se convaincre que oui, eux ne nous voulait que du bien. Mais la gare de Delhi, tot le matin, n’etait pas vraiement le meilleur endroit pour etre tranquille.

La suite :

http://viesdadivasis.wordpress.com/2010/07/13/arrivee-a-delhi-3/

Arrivee a Delhi (1)

Le vol peut facilement etre qualifie d’”awesome”! Ecran tactile replie sous le siege, films tres recents, une playlist allant du jazz expe des 8o’s au dernier Oxmo Puccino, l’apero au sky-coca, nourriture vraiment pas mauvaise, bref, pour un habitue de Ryanair, c’est vraiment cool. Notre stewart, indien, se lie d’affection avec nous. Apres nous avoir demande si nous etions prets a sauver la vie de tout l’avion (nous sommes a cote d’une issue de secours) sans l’oublier dans un coin, il nous fournit une multitude de conseils sur Delhi. Ce qu’il y a a voir, ce qu’il faut faire ou ne pas faire, et meme son numero de telephone pour visiter un grand marche le sur-lendemain ou en cas de probleme. Parmi ces conseils, un seul aurait du nous marquer plus que tout autre. A L’ARRIVEE A L’AEROPORT, PRENDRE UN TAXI GOUVERNEMENTAL, ET SURTOUT PAS UN PRIVE.

Au sortir de l’avion, l’aeroport baigne dans une moiteur chaude qui souleve bien des odeurs, et qui, en cette heure tardive (2h du mat’), semble plonger tout le monde dans une lethargie mentale a la demarche de somnambule. Controles passes, sacs recuperes tout au bout du tapis roulant, par terre, avec tous les bagages non pris, argent retire, nous sommes prets a affronter Delhi.

Nous avons une chambre reservee dans le quartier repute “dangereux” de Paharganj. Cette partie de la ville, a proximite de la gare centrale, est pourtant le lieu priviliegie des touristes pour ses hotels a bas prix. Un premier taximan nous propose 700 roupies (Rs) pour nous conduire dans le centre de Delhi. Nous nous rappelons les conseils du stewart et passons notre chemin. Mais un deuxieme nous propose 250 Rs pour le meme trajet. A bien y reflechir, un taxi gouvernemental ne devrait pas nous revenir beaucoup moins cher. Nous suivrons donc cet homme.

Il se montre tout de suite tres chaleureux. Et pose beaucoup de questions. “Premiere fois en Inde?” “Pour combien de temps?” “Pour faire quoi?” Nous le renseignons sans grande crainte alors que sa voiture un peu pourrie subie une conduite energique sur les routes cahoteuses qui menent a la ville. “Vous avez booke un hotel a Paharganj?” “Je connais bien, mais c’est dangereux la nuit”. Je lui demande si je peux fumer. Il accepte, et m’en demande une. Je lui tends une clope. Sa reaction est brutale. “My friend, in India, si tu tends une seule cigarette, c’est considere comme impoli, je pourrais te baffer.” Il crache un gros galviot par la fenetre et reprend. “Tu dois me passer tout ton paquet, j’en prends une et je te rends le tout”. Je m’execute. Il me rend le paquet comme promis.  ” You know my friend, in India, trust is very important”.

Ainsi nous continuons, entre les conseils avises d’un local, et l’incertitude liee a son attitude clairement bizarre. Nous rejoignons vite la ville. La, l’atmosphere lourde rend encore d’avantage l’environnement etouffant. Partout la ville est sale, delabree, comme en perpetuelle construction. Ou destruction.

On passe par Connaugh Place. Sur le guide, cette place est reputee pour sa vie marchande, mais cette nuit elle a l’air bien lugubre. Il s’arette bientot dans une rue des plus defoncee. Il me montre une enseigne d’echoppe. “Regardez, nous sommes dans Paharganj.” Effectivement, on arrive a lire le nom entre les elements en Hindi de l’enseigne. “ Ou est votre hotel?”. Nous lui indiquons l’adresse exacte. “My friend, ca ne vaut rien. Tout est en cnstruction ici, ton guide n’est plus bon. T’as le numero du block au moins?” Le block? Non, rien sur le guide a propos d’un numero de block. “Tu sais, si tu veux, je connais des hotels a un bon prix. Trust me”. Ok, on est dedans, l’arnaque commence.

La suite :

http://viesdadivasis.wordpress.com/2010/07/11/arrivee-a-delhi-2/ ‎

Ambiance

Vous allez surement trouver que c est un peu tard pour des premiers ressentiments mais l irrealisme et la confusion de la situation  m ont envahi pendant le debut de ce voyage. Me voila (Mathilde), reprenant possesion de mes moyens et donc du clavier.

Je ne cederais pas a la facilite en vous disant que l atmosphere indienne est indescriptible bien quel soit bien loin de tout ce que l on connait dans notre contree francaise.

Le cliche de l Inde Bollywood s est evapore des les premieres heures a New-Delhi. Ni faste, ni majestueuse, cette capitale delabree retrancrit la realite societale indienne. Connaissant une croissance fulgurante qui rend jaloux toute l Europe, ce pays se transforme, se developpe. Attachee aux traditions comme au sein de leur mere, les indiens conservent leur spiritualite ( a 80% hindouistes), leur systemes de castes et certains habits comme le fameux sari pour les femmes. Cependant le paysage mute, trop abruptement d ailleurs pour une grande partie des indiens. Entre les construction de voiries et le nettoyage de Delhi avant les jeux du Commonwealth en octobre prochain, les travaux vont bon train. L’Inde sait utiliser toute les petites mains possibles pour changer la ville mais ne leur fait pas profiter de sa reussite economique. Pauvrete  omnipresente a laquelle on s habitue rapidement (surement trop). A ce a quoi il faut ajouter une lamentable gestion des detritus, on ne compte plus les decharges a ciels ouverts alors que le nombre de poubelles croises depuis notre arrivee ne depasse pas la dizaine. 

Une fois tout cela expliques, vous comprendrez que la blanche naive ne s est pas facilement retrouve dans ce foutoir. Tres rapidement on comprend que les regards insistants du premier jour n etait pas due qu au jambes decouvertes mais avait  egalement un rapport avec sa couleur. Bon, une paire de gambettes ca se cache mais l ensemble de ma peau ca devient plus complique. On s habitue donc a ces regards, a ces demandes de photos multiples ( et puis ca flatte l ego) mais on reste toujours le touriste, la personne a pigeonner. Et pour ca il se gene pas jusqu au moment ou par un pur hasard nous entrons dans un temple sikh de Delhi. Apres avoir visite ce lieu de culte assez enigmatique, les gens priaient devant une chambre ornee de dorures ou une vague forme humaine avait ete formee sous la couette du lit. Nous nous sommes fait inviter a manger dans un refectoir jouxtant le temple. Curieux, nous entrons et mangeons assis sur un tapis ocuppant toute la longeur de la piece. Plusieurs etaient disposes parallelement dans la piece. Bien que nous etions les seuls touristes, personne ne nous jugeait ou trouvait notre presence deplacee. Ce repas gracieusement offert est en fait une tradition sikkhe.

Pour une fois que nous n’etions pas vu comme differents, le plaisir fut entier.

Avant-gout (2)

(Nous avons enfin le temps d’alimenter le blog. Beaucoup de choses se sont passees depuis, mais reprenons ou nous en etions…)

Lorsque nous arrivons dans le camping-car, l’incomprehension est totale. Nous ne savons pas ou il nous emmene, et les personnes a l’interieur ignorent ou nous nous dirigeons. La raison est simple, bien que nous passons les premieres secondes a repeter le nom de la ville jouxtant la M1, l’autoroute qui mene a Londres, les trois filles a l’arriere et le conducteur ne nous comprennent pas. Ils sont sourds-muets.

Le calepin degaine est d’un grand secours. Le conducteur s’appelle Tony, a l’arriere, une Lituanienne et une Slovene, une fille en bas age, et un petit chien. La fine equipe nous conduit tout sourire vers une destination inconnue. Malgre les signes rassurants de tous, il nous faut nous abandonner a ce sort incertain.

Apres plusieurs kilometres ou le silence est roi, le van rentre dans un grand champ, trouve une place et s’arrete. Vu le nombre de voitures gares ici, nous devons nous trouver dans une sorte de grand rassemblement local. Les filles sortent du vehicule, echangent quelques mots avec Tony, qui remonte aussitot derriere le volant et repart. De petits ralentissements sur la route nous permettent de “discuter” avec le calepin comme mediateur.

Il a laisse les filles au Derby County Show, une foire locale ou concours de chiens, voitures de collection et degustation de produits locaux ont la cote, et il nous emmene bien a l’endroit que l’on ecrit en gros sur le carnet. Ce qu’il fait dans la vie? Reponse de l’interesse : “I’m a Christian happy with deaf gospel” Il est sourd depuis sa naissance. Mais comment se peut un gospel sans son? Ce serait un gospel de l’Ame? C’est exactement ca, nous dit-il, avec la priere comme chant interieur.

Il nous depose a l’endroit dit, a deux pas de l’entree de l’autoroute. Ca ne le derange pas de nous approcher, de toute facon il faudra qu’il fasse demi-tour. N’allait-il pas dans cette direction a la base? Non, il nous a simplement conduit ou nous desirions avant de reprendre sa route… Nous le remercions avec une pluie de “thank you”, et le regardons s’en aller avec ce sentiment intimidant d’avoir rencontre quelqu’un de sincerement bon.

Il nous faut maintenent reprendre notre position du pouce-leve et attendre que quelqu’un daigne s’arreter. Ce jeune couple de scientifiques (etudiante et jeune prof) nous emmenera tout pres de Londres. La discussion est bien banale, un echange de vue poltique, et l’aveu de leur ambition d’enseigner en Afrique seront les seules choses qui nous resteront. Ils nous laissent sur un autre axe ou il nous faut refaire du stop, non sans avoir mange “pour moins cher que ce qu’il nous etait demande” dans une station d’autoroute.

Nous sommes en fn d’apres-midi, et a deux heures de Londres. La voiture qui s’arrette est une belle BMW conduite par un jeune entrepreneur, immigre indien. Son business? Racheter des vieux pubs en deliquescence, les retapper en magasin de bouffe indienne avec coin pub, employer une equipe dynamique, et revendre six mois apres, lorsque le lieu a acquis une plus-value considerable.

Nous remercions ce tout jeune buisinessman, qui nous abandonne bientot, pour nous rapprocher toujours plus du centre de Londres. Un jeune Pakistanais nous emmene jusqu’aux aeroports, et nous laisse sur les grosses voies rapides qui se croisent a proximite. Impossible ici de faire du stop sans perdre un bras. Nous trouvons un drapeau de l’Angeleterre, de ceux qu’arborent les voitures de supporters anglais, et en decorons notre sac, pensant par la s’attrirer les faveurs d’un automobiliste footeux.

C’est un taxi qui repond a notre insistante demande. A l’interieur, air climatise et sieges en cuir. On remercie chaleureusement la personne qui nous sauve d’une situation bien dangereuse. Mais celle-ci veut de l’argent. Quoi? Mais on fait du stop la, c’est qu’on n’a pas d’argent pour une course de taxi! Du stop? (“Hitch-Hicking?” en Anglais) Le taximan ne connait pas! Apres explication, il nous faut negocier le prix de la course. Du coup, il ne nous emmenera pas dans le centre de Londres, mais plus loin. Il nous faudra marcher.

Une petite soiree passee dans Soho, avec Mexicains pleurants et Argentins heureux, nous prenons enfin le dernier metro pour rejoindre London Heathrow. L’avion part le lendemain a 12h30, mais une nuit a l’aeroport est gratuite. Nous arrivons d’ailleurs a nous arranger un lit des plus confortables -faisant de jaloux, c’est sur! – en collant deux banquettes face-a-face.

Le reveil est tel qu’attendu, mais un cafe remet tout en place. Nous partirons a l’heure dite, apres avoir fume des cigarettes toute la matinee.

Avant-Gout

(Les accents sont introuvables sur les claviers Qwerty, desole pour la lecture… si quelqu’un sait comment…)

L’Angleterre. Pour moi (JP) une premiere. Ce n’est pas vraiment le saut vers l’inconnu, mais un avant-gout de l’Etranger. Nous devons nous rendre a Londres pour prendre l’avion qui nous conduit a Delhi. Il est 23h, le 26 juin, a notre arrivee a l’aeroport d’East Midlands (a 2h de route de Londres) et notre vol est prevu pour le 28 a 12h30. Le plan est de passer la nuit chez un Couchsurfer a Derby puis de prendre la journee pour rejoindre London Heathrow ou nous passerons la nuit.

Le vol Ryanair est impeccable. Les stewarts et hotesses nous faisant meme le plaisir de feter leur samedi soir au travail, avec bonne humeur et humour communicatif. A la descente de l’avion, il nous faut trouver quelqu’un partant vers Derby sur le parking avant de devoir se rabattre sur le bus prevu (l’economie est un des mots d’ordre du voyage). Ceci est fait rapidement.  Ce commercial francais et electrique, venu chercher sa chere et tendre a son arrivee, est une chance. Il nous explique sur la route pourquoi sa voiture un peu pourrie arbore fierement le drapeau anglais. “Apres la raclee que les Bleus ont mis aux Anglais, il faut choisir son camp si on ne veut pas voir sa caisse defoncee”. En y reflechissant, on ignore toujours de quel match il parlait, mais il a l’air d’y tenir.

Il nous deposera, sans que quiconque ne le sache, a 300m du point de rdv fixe avec Alain S., notre Couchsurfer. Mathilde et moi l’attendons sur une tres jolie place aux lumieres bleues sur le sol. C’est la premiere fois pour tous les deux que l’on reussit a se faire heberger. Des le depart, du site de Couchsurfing emanait une sorte de philosophie hippie, un peu exageree, aux tendances alter-mondialistes- eclolo-etc… Un beau projet qui, pourtant, pouvait faire craindre une application caricaturale et, finalement, des comportements un peu sectaires.

Apres quelques minutes passees avec Alain S., cela se voit confirme. Cet homme est tout ce que l’on peut attendre de l’homme bon. Comme il nous le fait lire sur le petit livre d’or que remplissent les Couchsurfers qu’il accueille, il est genereux, souriant, chaleureux,… L’hote parfait. Mais, malgre tout, cela laisse entrevoir, au cours de la longue discussion de la nuit,  tout le cliche d’une generation. Trentenaire, abreuve par les sitcoms et la television populaire, il enchaine les poncifs bobos stigmatisants et simplificateurs. Inutile donc de dire que cet homme est vegetarien, ouvert sexuellement, qu’il n’aime pas la politique, critique la culture de masse, et a comme ‘way of life’ devouloir prendre le temps de rencontrer l’Homme, le vrai, se cachant derriere les fonctions attribuees. Un message incontestable, evident, tellement evident qu’il ne reste que le deroulement non argumentee d’une philosophie tres a la mode. On ne pourrait lui en vouloir si cela semblait emaner de son propre chef. Mais la recherche des solides fondements de cet “etat d’esprit” se revele vite infructueuse. Nous l’ecoutons parler jusqu’a qu’il comprenne notre fatigue, et nous nous couchons.

Au reveil, aux alentours de 11h, nous devons nous depecher pour etre sur d’arriver avant la nuit a Londres. Mais Alain ne nous laissera pas partir aussi vite. Il est l’hote parfait. Ainsi nous prepare-t-il un petit-dejeuner royal, avec pancakes, toasts et omelette maison, gateau au chocolat, cafe ou the. Nous n’arrivons a fuir qu’a quelques minutes du debut du match opposant l’Angleterre a l’Allemagne (il me semble). Nous sommes donc en debut d’apres-midi, il nous faut etre efficace.

Nous nous dirigeons donc vers la route menant a Long Eaton aux abords de la M1, la grande autoroute traversant l’Angleterre jusqu’a Londres. Le “hitch-hicking” semble difficile. A un carrefour, dont nous ignorons s’il conduit effectivement a notre destination, nous sommes pris par un camping-car, non sans avoir crier approximativement le nom du bled desire. Il s’averra que ce n’est pas pour cela que l’on fut pris si rapidement.

(las suite, et des photos, plus tard, le cyber-centre ou je tape -Manali- ferme, il est 00h22. Demain, reveil 7h pour un trek de 4 jours dans les montagnes himalayennes…)

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